La carte et la circonscription

Au début de la campagne législative, un camarade de l’arrondissement parisien où j’habite m’avait montré les cartes électorales qu’il réalisait. A chaque scrutin, il reprenait les résultats de l’arrondissement, et réalisait une série de cartes thématiques1. J’avais été très impressionné par son travail (salutations Raoul). Je m’étais donc décidé à produire une version explorable de ces cartes pour l’intégralité de Paris.

Les bureaux de vote et leurs secteurs

Dans les grandes villes, les électeurs sont répartis entre les bureaux de vote en fonction de petits secteurs qui regroupent chacun quelques pâtés de maisons (le bureau de vote d’attribution peut très bien ne pas se trouver exactement dans le secteur même). A Paris, il y a ainsi 896 bureaux de votes, et autant de secteurs associés.

Voici par exemple le découpage des secteurs autour du 43 rue de Dunkerque

Les résultats des élections sont toujours décomptés par bureau de vote. Pour les présenter sur une carte, la surface du secteur correspondant est alors colorée en fonction d’une échelle de couleur et de la grandeur à représenter, par exemple le pourcentage de votes exprimés pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la Présidentielle. Cela permet d’obtenir une image très fine des variations électorales.

Et les résultats de Mélenchon  dans ces bureaux au 1er tour de la présidentielle

Pourquoi Paris seulement ?

Produire ces cartes nécessite deux jeux de données qui doivent intégralement concorder :

  • Les résultats électoraux à représenter, par bureau de vote
  • Le découpage géographique des secteurs des bureaux de vote

Sur le premier point, c’est facile : un fichier national des résultats est systématiquement disponible, et si les formats sont parfois un peu baroques2, ils sont au moins uniformes pour tout le territoire.

Mais pour le deuxième point ça se gâte. Déjà, il faut que ces secteurs soient à jour : il faut que la liste et le découpage correspondent bien à celle en vigueur au moment du vote précis. Ensuite, il n’y a pas de fichier national. Il est même parfois difficile de mettre la main sur les arrêtés préfectoraux qui les déterminent. Par ailleurs, ceux-ci ne proposent jamais de carte : ils donnent simplement en annexe une liste, rue par rue, des affectations aux différents bureaux de votes… Bon courage pour tracer ensuite, à l’aide de logiciels spécialisés, la carte des secteurs ! Je m’y étais un peu essayé, mais ça prend un temps infini.

Ça ressemble à ça pour Ivry-sur-Seine — 34 bureaux en tout !

Or, il se trouve que la Mairie de Paris met à disposition sur son site d’open data un fichier à jour des découpages des secteurs de bureaux de vote directement utilisable3 ! Il s’agit à ma connaissance de la seule grande ville à le faire.

Pour en faire quoi ?

J’envisageais deux utilisations principales :

  • Contribuer à un meilleur ciblage des actions de campagne
  • Servir à l’analyse des résultats après les élections

J’avais mis l’outil à la disposition de tous les candidats parisiens. Plusieurs d’entre eux l’ont ainsi utilisé pour le choix des lieux de distribution de tracts, ou pour l’organisation des séances de porte-à-porte. Je sais que l’équipe de Danièle Obono s’en est servi, par exemple. Dans le 13ème et le 14ème, avec Leïla Chaibi, on en a fait un usage immodéré pour cibler au mieux nos actions.

Pour la partie analyse, je n’ai tout bêtement trouvé ni le temps, ni le courage de retravailler dessus après les élections. J’espère que cette note sera de nature à motiver quelques insoumis·es 🙂

Le résultat

Le résultat est trouvable ici :

N’hésitez pas à jouer avec les différents scrutins et indicateurs (en haut à droite). Vous pouvez aussi choisir d’afficher les bureaux de vote eux-mêmes (en haut à gauche, juste sous les boutons de zoom). Cliquez sur un des secteurs, et vous obtiendrez le détail des votes pour ce bureau en bas à droite.

Regardez par exemple la forme que prennent les répartitions de vote pour les différents candidats. C’est assez parlant pour plusieurs d’entre eux !

Sous mobile, cette carte est un peu trop grosse : des versions limitées à chaque arrondissement et circonscription sont disponibles.

J’avais aussi réalisé une carte nationale présentant ces mêmes résultats par circonscription électorale. C’est très joli, mais je ne suis pas certain que ce soit véritablement utile, ni pour l’action, ni pour l’analyse : trop imprécis. Elle permet quand même de se faire une idée de la répartition des votes pour les uns et les autres sur le territoire français.

En tout cas, ces cartes sont en libre usage, et tout le code utilisé pour produire ces cartes est disponible sous licence libre sur mon dépôt github4. N’hésitez pas à me le faire savoir sur Twitter (@aktiur) si vous en faites quelque chose ou si vous avez des questions !

 

1: En utilisant le logiciel PhilCarto, gratuitement disponible sur le site de son créateur

2: Pour ceux qui veulent jouer un peu avec les données électorales sans se faire chier avec ces histoires de formats, j’ai mis en ligne les résultats de 2017 sous une forme directement exploitable.

3: Au format GeoJSON par exemple, trouvable à cette adresse.

4: Carte de Paris par bureau et carte de France.