Lecture de la boite à idées

Nous avons participé la semaine dernière à la synthèse de la boîte à idées sur les outils. Nous voulions publier cet article en même temps que la synthèse, mais les derniers travaux sur celle-ci ne nous en ont pas laissé le temps avant ce weekend.

Nous ne manquons pas d’idées quant aux fonctionnalités d’une plateforme idéale de la France insoumise, si les contraintes techniques, de temps et de ressources n’existaient pas. Mais il nous faut toujours mettre en rapport les bénéfices que le mouvement retirerait d’un projet avec le temps qu’il nous prendrait, et les ressources quotidiennes ou hebdomadaires que nous devons ensuite investir pour son maintien en fonctionnement. Il faut donc sélectionner ces idées, choisir les plus urgentes, les plus utiles et programmer leur mise en œuvre, avec les ressources limitées à notre disposition.

La plateforme de la France insoumise, c’est aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de lignes de code informatique. Une grande partie n’a pas été écrite par nous : c’est la douzaine de projets de logiciels libres que nous avons utilisé pour construire la plateforme. Mais la partie que nous avons directement écrite est constituée de plus d’une dizaine de milliers de lignes. C’est parfois plusieurs centaines écrites en une journée, et constamment révisées, adaptées et déboguées.

Ce n’est d’ailleurs pas sans difficultés : un logiciel est comme un édifice. On ne peut modifier une partie sans prendre le risque d’en déséquilibrer une autre. Notre travail consiste aussi à tester, concevoir, administrer l’infrastructure matérielle (serveurs, stockage des données), mettre à jour les logiciels tiers que nous utilisons. Il comprend le support technique, c’est-à-dire répondre aux questions des Insoumis qui nous écrivent via le formulaire de contact. Toutes ces tâches nous prennent environ la moitié de notre temps de travail – ce qui explique la lenteur que peuvent prendre certains développements !

Nos journées ressemblent un peu trop souvent à ça

La synthèse a été faite à partir d’une lecture complète de l’ensemble des contributions. Nous l’avons voulu lisible et claire, nous avons donc essayé de faire ressortir au maximum les convergences des différentes contributions. La lecture de cette boîte à idée nous a confortés dans les choix que nous envisageons de faire dans les prochains mois.

Lorsque nous nous demandons par quelles fonctionnalités nous pourrions améliorer la plateforme, nous avons parfaitement conscience que notre point de vue est particulier. Il est à la fois celui de personnes ayant le nez dans le guidon, et celui nourri des centaines de discussions que nous avons dans notre vie militante avec les utilisatrices et les utilisateurs des outils. Il s’enrichit aussi des résultats de dispositifs de tests comme celui que nous avons mis en place à Marseille, et dernièrement de cette boîte à idée.

C’est un point de vue riche enfin de notre propre expérience, en ce qui concerne la faisabilité technique de certaines propositions, mais aussi quant à la pertinence de certaines solutions. Un certain nombre de principes directeurs se sont ainsi dégagés très clairement au cours des années :

  • Il faut garder la plateforme unique : rassembler tous les secteurs de la France insoumise, les groupes d’action, l’action locale, la visibilité de chacun de ces éléments venant renforcer celle des autres dans un cercle vertueux 1.
  • Par conséquent, si la plateforme répond bien aux besoins, les “sites locaux”, qui ont généralement très peu de trafic, sont au mieux de l’énergie mal dépensée, au pire contre-productifs car ils dispersent le trafic 2. Par ailleurs, la plateforme nationale permet de mutualiser le travail, en faisant profiter l’intégralité du mouvement des nouvelles fonctionnalités.
  • A l’autre extrême, il vaut mieux éviter la création d’immenses espaces de discussions généralistes, conçu sans tenir compte du nombre de participant·e·s ni du temps variables qu’iels ont à y consacrer. Ça débouche systématiquement sur la tyrannie des plus actifs, au détriment de la participation du plus grand nombre 3. Nous privilégions le développement continu d’espaces de discussion spécifiques, structurés autour d’objectifs clairs, avec une grande autonomie dans la méthode de travail 4. Cela encourage une mentalité essentielle : ceux qui décident des contours de chaque idée, sont ceux qui la mettent en œuvre, pas ceux qui parlent le plus fort.

Nous allons continuer notre travail, pour fournir des outils aux différents espaces qui structurent la France insoumise, en gardant en tête ces principes. Récemment, nous avons ainsi fait apparaître sur le site les livrets thématiques comme des groupes spécifiques, sans assise géographique particulière. Tout le monde peut les rejoindre d’un clic.

Aujourd’hui, l’objectif qui nous paraît prioritaire, c’est de répondre aux nombreuses demandes liées à l’auto-organisation des groupes d’action. Elles sont diversement exprimées, mais on peut les résumer ainsi : rendre mieux visible l’activité des groupes d’action et les événements qu’ils organisent, et faciliter la communication entre les insoumis et entre les groupes proches ou moins proches pour l’organisation des événements. C’était la demande la plus souvent revenue dans la boîte à idées.

Nous sommes en bien meilleure posture qu’il y a quelques mois pour traiter cette question : lorsque nous étions encore sous NationBuilder, nous n’aurions pas été en mesure d’améliorer ces fonctionnalités. Mais maintenant qu’il s’agit d’une brique logicielle dont nous sommes les principaux auteurs, intervenir à ce niveau est devenu beaucoup plus facile.

A ce titre, nous comptons rapidement développer les éléments suivants :

  • Faire des pages de groupes un véritable outil de communication pour les groupes d’action. Permettre aux groupes d’indiquer qu’ils participent à l’organisation des événements, en tant que groupe (plutôt que seulement les individus, comme c’est le cas actuellement), rendrait leur activité visible directement sur leur page. Cela leur permettra d’y publier leurs compte-rendus d’action. Les nouveaux·elles insoumis·es pourront d’un coup d’œil visualiser le rythme d’action et le type d’actions organisés par les groupes qui les intéressent. On peut envisager une mise en avant des événements considérés les plus réussis par les insoumis⋅es.
  • Nous avons aussi quelques idées pour rendre visibles les événements organisés conjointement par plusieurs groupes. A ces fins, nous réfléchissons aussi à la façon dont nous pouvons intégrer des fonctionnalités de communication entre groupes d’appui directement sur les pages de gestion des groupes d’action.
  • Enfin, nous souhaitons mieux intégrer l’activité des groupes au reste de la plateforme. Nous travaillons par exemple sur l’affichage directement sur la page d’accueil les événements organisés par les groupes d’appui proches du lieu où se trouve la personne qui visite le site. A plus long terme (car c’est nettement plus compliqué), les mails d’actualités envoyés régulièrement pourraient comporter une partie personnalisée sur l’actualité des groupes voisins.

Les groupes d’action sont donc le chantier le plus imposant des mois à venir. Ce qui ne nous fait pas perdre de vue les autres points relevés par la boîte à idées.

Nous avons travaillé récemment sur un nouveau formulaire de contact sur le site. Il renvoie automatiquement les messages vers les personnes appropriées. C’est une première pierre dans le développement de meilleurs outils de contact en insoumis⋅es, membres de l’équipe opérationnelle, animatrices et animateurs de livrets ou d’autres espaces de la FI.

À propos des outils de formation et des ressources argumentaires, nous estimons que la tâche prioritaire doit être d’organiser le contenu déjà disponible. Le développement d’une partie du site fonctionnant comme portail vers ce contenu, avec des outils de recherche appropriés, fait partie de nos objectifs.

Notre dernier chantier concerne le financement des actions locales. La France insoumise est un mouvement, sans carte de parti. Participer à ses actions, c’est y appartenir. Il n’y a donc pas de comités, de trésoriers, ni de finances locales. C’est pourquoi n’importe qui peut se procurer du matériel, des tracts et des affiches, sur le site materiel.lafranceinsoumise.fr.

Heureusement, les Insoumis⋅es sont innovant⋅e⋅s. Les actions ne mettent pas en jeu que des tracts et des affiches. Il faut donc trouver un mode de fonctionnement en cohérence avec ce que nous avons fait jusqu’à présent. Comment financer des actions locales sans entrer dans des lourds processus administratifs de désignation de responsables, sélection et validation des dépenses ? Comment garder notre réactivité d’action ? On peut s’arranger localement : mais ce sont toujours les même, déjà les plus actifs, qui paient les photocopies ou achètent à manger pour les tables. C’est donc un élément très important pour permettre au mouvement de s’élargir.

Nous pensons que des outils numériques bien pensés peuvent apporter une réponse à cette question. Au cours du processus de la Convention, nous serons attentifs à toutes les idées émergeant sur le sujet. Nous formulerons aussi les nôtres.


Notes de bas de page (vous pouvez cliquer sur le numéro pour revenir au bon endroit dans le texte) :

1 : lorsque l’on crée un événement sur Facebook, on le crée sur Facebook pour bénéficier du trafic sur Facebook. Sur internet, il y a un effet boule de neige où la visibilité apporte la visibilité. Les sites locaux ont généralement une dimension trop restreinte, et disparaissent rapidement dans les tréfonds de Google.

2 : et en nous créant parfois du travail supplémentaire : nous recevons parfois des demandes d’aide de personnes qui n’arrivent pas à rejoindre ou quitter des groupes d’appui, et qui se révèlent n’être pas sur la plateforme nationale offrant ces fonctionnalités, mais sur des pages locales qui ne sont que des copier-coller de la plateforme

3 : Plaza podemos ou le Mouvement pour la 6ème République ont par exemple rencontré ces difficultés au cours de certaines expériences.

4 : C’est par exemple la méthode qu’avait adopté le Discord Insoumis : un regroupement par projet qui a été très efficace